MANU LE MALIN @ ASTROPOLIS FESTIVAL 2026

Samedi 4 juillet 2026. 23h57.

Manu le Malin est un parrain du festival Astropolis et le patron historique de sa scène Mekanik. 80 kilowatts d’un double système audio Funktion-One qui sont montés sous un chapiteau. Chaque année la programmation est une autre recette relevée à partir des plus prestigieux ingrédients de la scène Hardcore. En 30 ans de festival, Manu le Malin aura fait défiler sous les arbres du parc du château de Keroual, parfois plusieurs fois et venant du monde entier : la crème historique, les fondateurs, les stars, les nouveaux talents mais aussi et bien sûr les copines et les copains. Au fil des années la programmation de la scène Mekanik est devenue à elle seule une encyclopédie de la musique Hardcore.

Il a fait beau toute la journée pour le montage et il a fait chaud toute la soirée pour l’arrivée des premiers festivaliers. Avant même que les portes ne soient ouvertes, l’ambiance était déjà excellente entre les équipes, les bénévoles et les artistes. Lorsque c’est son tour d’être appelé aux platines, Manu le Malin passe les rideaux du chapiteau en conquérant et arrive derrière la scène paré au combat. Il passe dire un mot à chaque technicien, monte les escaliers, embrasse les autres artistes sur la scène bondée, et puis il s’avance.

Une longue et sombre basse introduit un kick rapide et distordu. Le maître est branché. La foule rend un hommage appuyé à son commandant en chef. Le régisseur lumières éteint tout sauf les stroboscopes. Certains réajustent leurs bouchons d’oreilles, pendant qu’au contraire d’autres les enlèvent pour donner encore plus d’eux-mêmes à ce moment.


Manu le Malin est un animal. Instinctif et impulsif, il amplifie les émotions de la foule en lui transmettant un son diabolique et sanguin. Ses enceintes se mettent rapidement à juter d’une rage et d’une violence inouïe. C’est un guerrier. Il se donne physiquement, transpire du visage et torture parfois tellement les boutons qu’on a l’impression qu’ils vont s’arracher de la table de mixage. Il y a en lui quelque chose d’industriel, de génétiquement Hardcore.

Ses mains ont des réflexes plus aiguisés que ceux que l’on peut observer chez les plus rapides cuisiniers ou vendeurs de street-food. Car Manu le Malin est en plein rush. C’est l’heure de son service et dans son établissement : aucun remix ne sort des amplis s’il n’est pas à la bonne température. Cela tombe bien car la gloutonnerie de la foule n’a à cette heure de la nuit encore aucune limite. Elle est affamée et elle demande à ce qu’on la resserve. Encore et encore. Toujours plus fort, toujours plus vite. Drop !

Ça tape très fort du pied au premier rang. Vers la fin du set le peu d’humidité qui reste dans la paille écrasée remonte du sol, elle se mélange sous le chapiteau avec une sorte de brume marine qui passe alors sur le festival. Un phénomène rare s’observe : des « ondes de choc » qui s’échappent des caissons de basse Funktion-One. Les ondes sonores font précipiter les fines gouttes d’eau qui se réfléchissent avec les stroboscopes et rendent comme visible la musique. Le rythme est marqué par de fines vagues blanches qui viennent s’écraser sur la foule. Ça fait bien 5 minutes qu’un des festivaliers essaie de le prendre en photo avec son téléphone, comme pour se prouver que c’est réel.


Manu le Malin n’aura le contrôle de Mekanik qu’une heure ce soir, à minuit. Néanmoins l’effort physique que demande son set pour les spectateurs est tel que même les plus solides sont allés faire un tour à la fontaine à eau avant la fin. Le DJ hollandais THRASHER qui montera sur scène quelques heures plus tard restera lui accoudé à la barrière au premier rang face aux caissons de basse, jusqu’à la fin. Pour avoir visité cet endroit précis afin de filmer quelques plans vidéo : l’intensité des basses y est absolument gargantuesque. Les quatre caissons de taille humaine sont alignés au sol à 3 m de distance et les quatre plus gros speakers fabriqués par Funktion-One sont suspendus en stéréo droit dans notre direction. On a l’estomac qui remue dans tout le corps comme si l’on prenait des G négatifs en avion. Les crash barrières en acier qui font pourtant plusieurs centaines de kilos vibrent tellement que l’on ne peut pas les saisir à pleines mains. Pour s’appuyer dessus les festivaliers doivent y poser un pull ou un sac. C’est déjà une performance de PASSER devant ce canon à son. Alors de rester au premier rang pour vivre un set entier de Manu le Malin, ça s’inscrit comme un record dans les applications de santé.

Si les festivaliers affluent pourtant de toutes les autres scènes comme des abeilles autour de la reine de la ruche Mekanik, c’est précisément parce que Manu le Malin sait piloter cette monstrueuse machine qui consomme la quantité d’énergie suffisante à alimenter un petit quartier en électricité. Il fabrique la musique en faisant beaucoup de loops de ses propres effets, tout est rapide et intense, ça bouge vite et ça frappe fort. C’est une ambiance très sombre et en même temps intensément captivante.


Les deux puissants panneaux de visuels placés de chaque côté de la scène envoient plus d’une centaines d’images par seconde synchronisées avec les BPM et cette lumière se reflète sur le toit intérieur du chapiteau. Les yeux de Manu le Malin brillent au milieu de ce déluge de couleurs à haute fréquence.

Minuit c’est la « Golden Hour », le début de la nuit et le pic d’énergie de la foule. Ceux qui ont décidé de vivre dangereusement et de prendre la piste noire du festival, sont venus ici.


Gaspard Glanz


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