LAURENT GARNIER B2B MANU LE MALIN @ ASTROPOLIS FESTIVAL 2026

Dimanche 5 juillet 2026. 22h.

Les lueurs du coucher de soleil commencent à se lever sur la mer d’Iroise, au large de la rade de Brest. Astropolis annonce sur les réseaux une soirée surprise, un After de clôture pour les 30 ans du festival. Pendant ce temps et comme deux divinités de la Techno, Manu le Malin et Laurent Garnier se partagent le seul canapé des loges du Vauban. Ils échangent dans l’un des temples français de la musique électronique, et malgré la petite foule à bracelets VIP qui s’écrase entre le frigo et la table basse : personne n’ose ne serait-ce qu’interrompre la conversation. Elle est sacrée.

Lorsque les portes s’ouvrent pour un set qui durera jusqu’à l’aube, la salle se remplit en seulement quelques minutes. La canicule qui rugit à l’extérieur envahit aussitôt le sous-sol. Les projecteurs s’allument, les enceintes s’éveillent et les corps s’animent.


Si Manu le Malin et Laurent Garnier se complètent autant : c’est principalement parce qu’ils ne se ressemblent pas.

Laurent Garnier est un méthodique. Il est ultra concentré, constamment en multitasking, mais surtout il possède un répertoire mentalisé dans la RAM de son cerveau qui doit bien faire plusieurs petabytes. C’est un chef d’orchestre qui navigue avec la musique comme un dauphin est à l’aise dans l’eau. Il aime avoir le temps de faire monter lentement le rythme, au gré d’un set complexe et progressif, qui passe par plusieurs étapes, amenant le public au nirvana lorsque bon lui semble. C’est à chaque fois un voyage, un trip psychédélique. Si on le retrouve souvent sur des sets qui durent des heures, c’est parce qu’il apprécie d’avoir le temps de nous faire explorer plusieurs galaxies d’émotions.

Manu le Malin est un animal. Instinctif et énergique, il amplifie les émotions de la foule en lui transmettant un son diabolique et sanguin. Ses enceintes se mettent rapidement à juter d’une rage et d’un violence inouïe. C’est un guerrier. Il se donne physiquement, transpire du visage et torture parfois tellement les boutons qu’on a l’impression qu’ils vont s’arracher de la table de mixage. Il y a en lui quelque chose d’industriel, de génétiquement Hardcore. Vers la fin de son set au Manoir de Keroual, lorsque le taux d’humidité est assez élevé devant la scène Mekanik, on peut s’amuser à percevoir des ondes de choc sortir des caissons de basse Funktion-One face aux crash barrières du premier rang.


Organiser un B2B s’apparente à placer ces deux éléments chimiques explosifs dans le même tube à essai, allumer le bec à gaz puis ouvrir grand les portes au public. C’est le genre d’expériences qui sont menées dans les laboratoires du Festival Astropolis et c’est une des raisons pour lesquelles il est reconnu depuis maintenant 30 ans jusque bien au delà de nos frontières.

Cinq heures du matin. Gildas, le directeur du festival, danse au pied des escaliers qui mènent à la scène avec un sourire sur le visage qui se voit jusque depuis l’arrière de sa tête. La loge normalement aussi pleine que la salle à cette heure de la nuit, s’est même vidée dans la fosse. Tout le monde danse ou simplement écoute, religieusement. Chaque fois que Manu et Laurent posent leurs quatre mains simultanément sur les platines ou la table de mix : il se passe quelque chose de magique.


C’est la quatrième nuit du festival et les corps souffrent, mais rien n’empêche la foule d’être en flammes. Le sol du Vauban est entièrement trempé de bière et de transpiration, les corps sont humides et les murs sont collants. Il fait tellement chaud. Manu le Malin sort rapidement de scène chercher un ventilateur afin de rafraichir la machine qu’est devenu Laurent Garnier, qui ne se rend compte de rien. Il est possédé. En l’absence de son duo il se met à mixer seul sur 3, puis même sur les 4 platines.

En revenant sur scène Manu profite du spectacle, s’ouvre une bière et se met à danser à coté de Garnier. Soudainement ses mains reviennent sur quelques boutons et il balance en quelques instant un morceau au kick parfait dans le mix. Garnier se retourne, ils échangent un gros smile, kiffent quelques instants puis trinquent en rythme. Dans la foule certains prient les mains liées vers le plafond, nombreux sont en transe les yeux fermés en faisant des spirales avec les doigts. Chaque minute rapproche de la clôture du festival, la saveur en est encore plus forte. Il y a la queue au bar pour la dernière pinte. Encore quelques instants… Jusqu’à l’année prochaine.