Quand j’étais enfant, j’adorais les orages. Plus ils s’approchaient et plus l’ambiance changeait sur les visages. La lumière s’assombrissait et l’air devenait lourd. Les terrifiants craquements se faisaient plus intenses à mesure qu’il s’approchait. Taranis est un dieu de la mythologie Celte dont nous avons choisit le nom pour notre société ; C’est le dieu de l’orage. C’est aussi celui du tonnerre et parfois de la guerre, selon les récits. Les Celtes se seraient inspirés des dieux Jupiter (Romain), Zeus (Grec) et Thor (Nordique). Très localisés et imprévisibles, les orages qui sont le produit d’une convection entre la chaleur et le froid peuvent être des phénomènes particulièrement violents. Entendez-vous le bruit de l’orage qui approche ?

 

Je vous préviens immédiatement : le scénariste de cette histoire est vraiment nul. C’est un coup de félonie dont on n’a pas l’habitude, en tout cas pas venant de la Police Judiciaire. Surtout quand il s’agit d’une équipe de choc, un véritable commando composé « d’officiers spécialisés dans le numérique » transférés en toute hâte depuis Paris pour découvrir qui sont les auteurs du blog « Vengeance contre la Police ». Après plusieurs semaines d’enquête, des dizaines d’injonctions envoyés à l’hébergeur « NoBlogs » (qui n’a visiblement pas répondu favorablement puisque le site est toujours en ligne à ce jour) : c’est choux blanc.

Ce n’est pas non plus la planque des services de renseignements (découverte en pleine flagrance par des militants de la « Maison de la grève » à Rennes durant la période qui a suivie l’affaire du blog et celle du procès en appel de la mort de Zyed et Bouna), qui a amené les enquêteurs sur la piste du/des auteurs de ce trombinoscope numérique. Initiative par ailleurs assez unanimement condamnée par les milieux militants et politiques locaux, toute chapelle confondue. Force est de constater que les efforts mis en place par les services spéciaux et les enquêteurs chevronnés vis-à-vis de la « mouvance d’extrême gauche rennaise » tendance « ultragauche-zadiste-anarcho-autonome-antifa-squateur-anticapitaliste » (présumé comme étant le terreau probable abritant l’instigateur du site), n’ont jamais mené à la découverte du/des véritables auteurs du blog.

 

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Et soudain c’est le coup de théâtre ! Ce jeudi 11 juin 2015 à 9h du matin, le photographe, journaliste et collaborateur de TaranisNews pour la région ouest, Vincent Feuray, était attendu à la sortie de son travail de nuit par la police. Celle-ci l’a placé immédiatement en garde à vue et a procédé à une perquisition de son domicile. Vincent est accusé (à sa grande surprise) d’être l’auteur du blog. Il observe impuissant les officiers saisir tout son matériel informatique : ordinateurs, disques durs, clefs USB, smartphone, CD, DVD, et c’est à peine s’ils n’ont pas pris la PlayStation.

 

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Vincent est un Journaliste indépendant qui travaille pour plusieurs agences de presse, notament Taranis et Andia. Comme il conserve ses archives dans des disques durs (notament celles qui n’ont jamais été publiées), et qu’il a couvert beaucoup de manifestations ces derniers mois dans le cadre de son travail (celles « contre les violences de la Police » à la suite de la mort de Remi Fraisse, ou contre l’aéroport de Notre Dame des Landes à Nantes), la saisie de son matériel informatique est une mine d’or pour ceux qui procèdent à l’identification des manifestants. Est-ce la véritable raison pour laquelle on a prétexté qu’il soit l’auteur du blog : saisir ses rushs ?

 

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Le problème c’est que tout cela n’aurait jamais du se produire. Tout simplement parce que Vincent est un journaliste … Et il n’est pas question ici de profiter d’un privilège quelconque face à la justice : c’est une question de protection des sources. Il ne possède pas la carte de presse (comme 95% des stagiaires en journalisme, plus de la moitié des journalistes indépendants et 90% de nos collaborateurs), et se situe dans cette foutue « zone grise » du journalisme « pas encore encarté ». Alors, les officiers ont cru bon de prétexter que Vincent est un vulgaire militant, s’asseyant tranquillement sur le droit et la liberté de la Presse. Saisissant donc l’intégralité de son travail et de sa vie privée.

Pourtant il y a un mois, Vincent, Emmanuel Brossier, Kévin Niglaut (également collaborateurs de Taranis News à Rennes), d’autres journalistes rennais et moi-même rencontrions les pontes de la Police, de la Gendarmerie Mobile et de la Direction de la Sécurité Publique, au club de la presse de Rennes. Le thème était « Les relations entre la Police et la Presse dans les manifestations ». Une réunion déclenchée suite aux évènements de l’automne dernier ou certains d’entre-nous avaient été blessés par les armes de la Police (dont l’auteur de ces lignes), et avaient portés plaintes à l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN). Vincent était alors parfaitement considéré comme un journaliste par les représentants du commandement régional de la Police et de la Gendarmerie. Ils ont même déclarés reconnaitre la qualité de son travail, après avoir plaisanté sur le fait de s’être déjà croisé sur le terrain. Là on se dit que quelque chose cloche, vous ne trouvez pas ?

 

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Finalement Vincent n’aura passé que 6h en garde à vue. Il en sortira en milieu d’après-midi. Juste le temps de saisir ses empreintes, de prélever son ADN et d’écrire un procès-verbal, en gros. S’il existait vraiment des soupçons le désignant comme l’auteur du blog « Vengeance contre la Police », vous ne pensez pas que les enquêteurs l’auraient un peu plus « cuisiné » ? Sachant qu’ils avaient au bas mot 48h pour le faire, c’est étonnant …

Alors ok, vous savez quoi ? J’ai une seule question : à quel point les soupçons qui pèsent contre Vincent seraient-ils à ce point à charge pour qu’ils justifient la saisie intégrale de son matériel informatique ; Sachant qu’il est un journaliste en activité sur des sujets aussi sensibles que les ZAD, les squats, les migrants, et les récentes manifestations contre les violences de la Police ? Quand à l’éventualité que la démarche soit sincère, que la Police Judiciaire en soit arrivée à croire que notre collaborateur était véritablement l’auteur du blog, je pense qu’il y a de quoi s’inquiéter pour notre sécurité et la qualité de la formation de nos enquêteurs …

 

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De très importantes questions relatives à la liberté de la presse se posent au travers de cette affaire.

 

Nous soutenons évidement notre collaborateur et ne croyons pas une seconde qu’il puisse être accusé sur la base de preuves tangibles. Nous nous associerons logiquement à toutes les démarches qui seraient engagées par les « Clubs de la Presse », les syndicats de journalistes ou les autres médias sur ce dossier.

 

Ce « blog » dont nous n’avions d’ailleurs même pas évoqué l’existence au moment de sa publication, tellement nous jugions qu’il ne méritait aucune publicité. Les familles innocentes, ça n’a rien à faire dans un combat politique ; On ne s’y attaque pas, point final. Nous condamnons l’initiative qui a amené à la création de ce blog (pour ceux qui ne l’auraient pas compris), parce qu’elle est lâche et stupide.

Quant à saisir l’intégralité du travail d’un journaliste sous un prétexte fallacieux, au mépris de la constitution, de la loi et des usages, et surtout pour des raisons politiques ; Cela n’est pas faire preuve de beaucoup plus de courage et d’intelligence.

 

 

Gaspard GLANZ

Au nom de toute l’équipe de TARANISNEWS
Louis Witter, Justin Raymond, Emmanuel Brossier, Kevin Niglaut et Vincent Feuray.Toutes les photos sont de Vincent Feuray.