En vérité je ne voulais pas écrire cet article et ce pour deux raisons : ne pas passer pour une pleurnicheuse, et ne pas donner l’occasion à ceux qui le souhaiteraient d’utiliser cette opportunité pour me confondre (encore) avec un militant plutôt qu’avec un journaliste. La deuxième raison « bis » c’est que je déteste alimenter les théories du complot, j’y préfère les faits avérés.

 

Voila donc des faits. Ils sont tous établis, documentés et théoriquement « en procédure ». Ce qui m’amène à les révéler aujourd’hui (sans entrer dans les détails pour ne pas rompre le secret de l’instruction), c’est que lors de ma dernière rencontre avec l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN), j’ai déclaré sous serment que j’étais prêt à « ne pas faire de vagues », à condition que l’on cesse de me tirer dessus à compter de ce jour.

Cela ne s’est pas produit. À peine trois mois plus tard j’ai été ciblé au LBD40 par des membres de la BAC Nantaise le 21 février 2015. Ce « contrat de confidentialité » implicite et pour le bien de l’enquête a de fait volé en éclats. La justice, voir même le bon sens aillant faillit, la vérité reste le dernier rempart à la violence gratuite.

 

 

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ACTE 1. Nous sommes à la fin de l’hiver 2012/2013 à Rennes. Quelques semaines après la publication d’une série de reportages sur « l’opération César » se déroulant sur la ZAD de « Notre Dame des Landes » pour la marque « RennesTV ». Je me rends ce jour là sur les lieux d’un banal tournage avec le scooter de la société. En descendant la rue de Fougères, à l’angle du boulevard de Metz, il y a deux voies : une pour aller tout droit et une autre pour tourner à gauche. Le feu est vert. Je roule à quelques mètres derrière un Porsche Cayenne de couleur noire sur la voie de droite qui se dirige vers le centre-ville.

Passé le feu, le Cayenne freine à fond d’un seul coup et s’arrête après avoir fait crisser ses pneus. J’essaie de l’éviter mais les freins du scooter ne valent pas ceux d’une Porsche à quatre roues motrices. J’entre en contact avec l’aile arrière gauche du véhicule. L’impact est tel que le feu stop éclate en morceaux, le guidon du scooter est tordu, je tombe au sol et glisse sur quelques mètres. Mon casque est arraché en touchant le pare-brise arrière, je suis sonné quelques instants et légèrement blessé au visage. J’ai à peine le temps de reprendre mes esprits et alors que des passants se précipitent à mon secours, que j’observe le véhicule prendre la fuite. Emporté par l’adrénaline et voyant que le scooter est toujours en marche, je saute sans mon casque et me lance à sa poursuite. Le véhicule se retrouve bloqué par d’autres au feu rouge du croisement avec la rue de Paris, un demi kilomètre plus loin.

 

Ancien livreur de pizza pendant mes études (plutôt habitué aux « comportements amicaux sur la route »), j’arrive à 50km/h le pied levé pour arracher le rétroviseur de la Porsche (qui vaut le prix d’un scooter) coté conducteur. Je jette ensuite le scooter sous l’avant du véhicule pour l’empêcher de repartir, et enjoins son pilote de sortir immédiatement pour faire un constat d’accident. Le visage en sang et un cadenas « U » en acier dans la main, histoire de mettre les choses au clair avec le fuyard. J’en profite pour noter la plaque d’immatriculation sur mon téléphone (il me sera confirmé par une riveraine présente sur la scène). Les passants qui sortent du supermarché mitoyen sont médusés, mais ils comprennent vite ce qu’il se passe et prennent mon parti en se rapprochant du véhicule. Celui-ci est conduit par un homme blanc d’environ 45/55 ans, habillé d’une manière professionnelle (chemise et veston, sans cravate). Il fait marche arrière et manque de rentrer dans le véhicule derrière lui, avant de prendre la fuite en essayant de m’écraser.

Une plainte a été déposée le jour même. Réponse : la plaque d’immatriculation correspond à la bonne marque mais pas au bon véhicule. Fin de l’enquête. Aucune nouvelle à ce jour (trois ans plus tard).

 

 

 

 

 

 

 

ACTE 2. Nous sommes le 6 mai 2013 à Rennes. Le grand rassemblement de la « Manif pour Tous » se termine place de la Mairie pendant qu’une contre-manifestation « antifasciste et anti-cléricale » sort de sa « nasse policière » et se déverse place de la République. Je suis accompagné d’Olivier Roth, co-fondateur de la société Taranis et alors rédacteur en chef de RennesTV. Nous sommes témoins d’une agression sur une jeune femme par ce qui semble être un manifestant quittant les rangs de la « Manif pour Tous ». Au moment de lever ma caméra pour filmer l’agression, ils se retournent contre nous en criant « Y’en a marre des journalistes ! ».

L’un des agresseurs attrape mon associé par l’arrière et par le cou, lui bloquant les bras avant de lui assener un violent coup de genou dans la colonne vertébrale, pendant qu’un autre agresseur lui frappe le visage. Je saute sur le groupe pour dégager mon ami, malheureusement j’ai la caméra encore en main. Celle-ci vole dans la bataille qui s’ensuit, durant laquelle se mêle désormais des militants antifascistes contre d’autres manifestants descendants du cortège de la « Manif pour Tous ». En m’arrachant la caméra un des assaillants me tord la main, j’en ressens une très vive douleur suivie d’un méchant craquement. Lorsque je le frappe à mon tour pour me dégager, j’ai l’impression que toute ma main droite part en miettes.

 

C’est la pagaille générale, une bataille rangée … Sous l’oeil des nombreux services de Police alors présents et censés canaliser les deux manifestations. Sur la place de la République à cet instant il y avait : des Gendarmes mobiles, des CRS, des Gendarmes en moto, des membres de la BAC, de la DGSI, des policiers en civils, et j’en passe … Pas un seul n’aura bougé durant ce qui a semblé être de longues minutes.

Je parviens à me retirer un instant de la « bataille » pour récupérer l’épave de ma caméra. Celle-ci contient la carte mémoire de toute la manifestation, mais surtout les images de notre agression qui peuvent servir de preuve. Lorsque je relève la tête, les deux assaillants reviennent vers moi, poings levés. La main droite boursouflée, je dois me résoudre à me défendre avec ce qu’il reste de ma caméra : un objectif défoncé pendouillant à un boitier d’où sortent des fragments de circuit électronique. C’est le jour ou ma caméra s’est vraiment transformée en arme …

 

Le manifestant qui a agressé mon associé, brisé ma caméra et ma main avant de revenir pour finir sa besogne, est soudain en mauvaise posture. Deux militants anarchistes (du genre vieux roublards de punks à chiens) semblent heureux d’avoir enfin trouvé une occasion de se taper une bonne bagarre. Ils lui sautent littéralement au cou, à l’horizontal. La foule commence à se retourner contre lui et ça vire au lynchage. Entre alors en jeu un nouveau personnage : un policier en civil muni d’une oreillette qui se place en protection contre le manifestant, pendant que celui-ci se retrouve isolé par la foule dans un abri-bus. Il se prend des coups, lui aussi. Mais il conserve un calme incroyable, ce qui est la marque d’un entrainement que n’ont pas tous les policiers. Il parvient à dégager le manifestant vers le Quick, puis vers le centre commercial du Colombier à lui seul.

La manifestation suit le groupe pendant un moment, criant et jetant des projectiles en leur direction, avant de finalement rester sur la place de la République pour répondre à une charge de la police anti-émeute. Une fois arrivés au Boulevard de la Liberté, je m’assure que l’officier relève bien nos deux identités. J’ai le parfait souvenir d’une carte d’identité bleue avec la bonne photo. J’ai aussi le souvenir que l’officier (qui n’était clairement pas un membre de la police locale) avait noté nos deux identités et nos numéro de cartes, sur les feuillets lignés d’un calepin blanc.

Notre agresseur saignait alors abondamment à l’arrière de la tête ainsi qu’au nez. Il avait eu sa dose, mais il ne voulait pas être évacué à l’hôpital. C’est finalement sur ordre de l’officier qu’il a été dirigé vers les urgences du CHU de Pontchaillou, et ce dans un véhicule de Police. Quant à moi et mon associés nous déposions plainte au commissariat central.

Le lendemain je dois me rendre à mon tour aux urgences du CHU de Pontchaillou, la main enflée et arborant une belle couleur bleu profond. Bilan : triple fracture des métacarpes avec 18 fragments d’os, dont l’un s’accroche à un nerf et provoque une névralgie aiguë. La douleur est terrifiante. Des antalgiques me sont prescris au maximum de la dose thérapeutique autorisée. C’est la triple peine : une caméra en moins, la main droite immobilisée et des douleurs nerveuses pendant de longs mois.

 

Le temps passe … Je consulte un médecin légiste, je fait des IRM de contrôles, des scanners, des radios (6 au total) et des échographies. Les images de l’agression sont portées au dossier. Et puis rien.

 

Le seul commentaire que j’aurai du « service de suivit des plaintes » de Rennes, après avoir lourdement insisté, est le suivant : « la gendarmerie s’est rendue sur place, la personne n’habite plus à l’adresse indiquée ». Fin de l’histoire ? Deux ans plus tard, on dirait bien. Ça c’est de l’enquête !

 

 

 

 

 

 

ACTE 3. Nous sommes le 22 Février 2014, à Nantes. La plus grande manifestation contre l’Aéroport de Notre Dame des Landes se déroule, la plus violente aussi. Après plus de cinq heures d’affrontements sur le cour Franklin Roosevelt, les manifestants sont refoulés sur le boulevard Jean Philippot ou les attendent trois canons à eau, une compagnie de CRS, des unités de la BAC, et même le GIPN armé de boucliers et des Flashballs « LBD ».

Après avoir constaté que la foule ne reculait pas vers l’Ouest malgré les innombrables salves de gaz lacrymogènes dans sa direction, la graduation de la violence de la part des forces de l’ordre va soudainement disparaitre au profit d’une sorte de « feu à volonté » général. À ce que j’ai pu voir dans ma courte carrière, c’est absolument inédit. En l’espace d’une quinzaine de minutes plusieurs manifestants et plusieurs journalistes seront sérieusement blessés. D’avantage d’yeux seront arrachés au Flashball ici que dans n’importe qu’elle autre opération de police en France.

 

Je suis alors en train de filmer la « ligne de front » avec un autre groupe de journalistes, au niveau du rond point. Les forces de l’ordre sont en ligne et protégés par des canons à eau. Ils veulent avancer. Les manifestants sont à ce moment et à cet endroit des jeunes qui portent pour certains des sacs d’école, la plupart ne sont même pas masqués. On dirait des gamins de lycée emportés par l’ambiance générale. Les manifestants les plus radicaux ont déjà reculés de cinq cent mètres au niveau du square, et ils ont allumés des barricades dans les rues adjacentes.

Soudain une grenade assourdissante « F4 » est lancée à la main sur les manifestants, juste devant moi. À peine ai-je le temps de la suivre des yeux pour l’éviter, que je vois les CRS en lancer deux autres. L’assourdissante explose la première, suivie immédiatement de la deuxième (qui a un temps d’explosion plus court). Cela révèle qu’il s’agit d’une Grenade de désencerclement contenant 18 fragments en plastique capables de briser une vitre à 15m. J’ai juste le temps de tourner le dos à la troisième, qui explose entre mes jambes.

 

Le souffle de l’explosion cisaille mes chevilles et me jette au sol. Je me relève dans un nuage lacrymogène d’une quatrième grenade (une « CM6 ») lancé à la main, et je suis arrosé par le canon à eau. Je parviens à reculer de 100m pour inspecter mes plaies, les jambes encore anesthésiées par « l’effet Blast ». Mon premier réflexe est de mettre la main dans mon caleçon pour constater que tout est OK, et une fois que cela est fait (on se sent soudain beaucoup mieux), je soulève les jambes de mon pantalon. Des éclats de métal et de plastique tombent au sol, et beaucoup de sang s’échappe de multiples plaies. Je n’ai même pas assez de compresses dans ma trousse de secours pour éponger l’hémorragie. Pas le choix : direction les urgences du CHU situés juste en face (une sacré chance). Les impacts de cette grenade désencerclante et de sa douille en métal mettrons plus de 3 semaines à cicatriser, et les traces des brulures resterons à vie.

 

Une plainte a été déposée à l’IGPN. La procédure a été respectée dans son ensemble avec la rédaction d’un PV, la remise des images filmées au moment de l’explosion de la grenade et l’inspection des plaies par un médecin légiste, avec de nombreux examens à la clefs. Un an plus tard : j’attends toujours que l’on me rappelle.

 

 

 

 

 

 

ACTE 4. Nous sommes le 1er novembre 2014, à Nantes. À peine plus de six mois après la manifestation du 22 février, je suis de retour pour la première fois en reportage dans cette ville pour différents médias. Il s’agit d’une manifestation « contre les Violences Policières » suite à la mort de Rémi Fraisse sur la ZAD de Sivens. J’étais encore sur cette même ZAD à la veille de la manifestation, réalisant une série de portraits vidéo de Zadistes pour Rue89.

A la fin de la manifestation qui fera plusieurs blessés, les manifestants sont progressivement repoussés sur le cours des Cinquante Otages. Le dispositif policier est alors tellement imposant (triple ligne de gendarmes mobiles suivis de leurs camions, hélicoptère, saturation systématique de l’espace en gaz lacrymogène …) que les manifestants renoncent à la provocation. Ils sont clairement en sous-effectif. La situation est redevenue « calme ». Au regard de l’intensité de la journée, on pourrait même qualifier ce moment de dispersion.

 

Je me place au milieu d’un arrêt de tram, bien en vue des forces anti-émeutes placées à 150m de distance, avec mon casque siglé « TV ». C’est alors que sans raison apparente, sans qu’aucune menace n’apparaisse du coté des manifestants, un officier tire un projectile de type « LBD » (Lanceur de Balles de Défense) dans ma direction. Celui-ci subit la chute balistique due à la distance de 150m me séparant du tireur et vient heurter l’os cuboïde de mon pied gauche.

 

La scène étant filmée : RE-plainte à l’IGPN, RE-inspection par un médecin légiste. Et … RE-attente que l’on imagine indéfinie ?

 

 

 

 

 

 

ACTE 5. Retour à Nantes le 21 février 2015. Il s’agit d’une mobilisation nationale « en soutien avec toutes les ZAD ». Une autre manifestation se déroule au même moment à Toulouse, à laquelle se rajoute pour Nantes la revendication de « la lutte contre les violences policières ». C’est aussi « l’anniversaire » de la grande manifestation contre l’Aéroport Notre Dame des Landes (voir « Acte 3 »). Le dispositif policier est moins visible qu’un an auparavant, néanmoins il reste très présent dans le centre ville (CRS, Gendarmes Mobiles, canons à eau, et nombreux effectifs de la BAC). Les manifestants seront tout au plus un millier (soit près de quarante fois moins qu’en février 2014).

 

Vers midi, soit deux heures avant le début de la manifestation et au niveau du square ou se déroule un pic-nic, un groupe de manifestants se dirigent précipitamment dans la même direction, masqués. Je suis ce groupe, il s’agit du premier plan filmé sur notre reportage sur la manifestation. C’est alors que la BAC arrive et à ma grande surprise, c’est moi qu’ils sont venus contrôler (le seul individu non masqué du groupe). Fouille, vidage des poches, ouverture du sac, le tout au milieu de la route et de la voie publique. La routine quoi. Mais c’est en lisant le nom sur mon permis de conduire que l’ambiance change.

 

« – Ah, c’est vous Gaspard Glanz ?!

– Oui, d’ailleurs c’est écrit là.

– …

– Vous semblez savoir ce qu’il m’est arrivé l’année dernière et à chaque fois que je suis venu filmer une manifestation dans votre ville. Ça serait sympa qu’on évite la même aujourd’hui, vous ne trouvez pas ?

– Je ne suis pas en mesure d’évoquer des affaires en cours d’instruction. ».

 

Franchement, cette phrase m’avais rassuré. Je m’étais dit qu’ils savaient, qu’ils en avaient parlé entre eux, et que j’allais enfin surrement pouvoir couvrir une manifestation Nantaise sans me faire tirer dessus. Éh bien c’est raté, j’ai été trop naïf.

 

À peine trois cent mètres au sud de l’endroit même ou j’ai été victime d’un tir de grenade de désencerclement le 22 février 2014, la police en civil aidée de la BAC procède à une interpellation au niveau du Skate Park. À 16h46 précise, je filme la scène et constate à l’écran qu’un officier me vise droit dans la tête avec son LBD. À moins de 50m, c’est un « HeadShot » garanti. C’est en me dégageant immédiatement de cette position pour me protéger qu’il procède au tir. La balle frappe le mobilier urbain à moins d’un mètre et rebondi un peu plus loin. J’ai même pu ramasser la balle pour en faire un souvenir.

 

Cette fois je n’ai malheureusement pas pu filmer le tir, mais au moins je n’ai pas été blessé ! C’est pourquoi je ne porterai pas plainte, faute de disposer de preuves formelles. Mais comment dire … on est plus à ça près.

 

 

 

 

 

 

ACTE 6. Ils veulent notre peau ou quoi ?!

C’est en examinant les rushs de la manifestation du 21 février 2015, et en les croisant avec les photos d’autres journalistes, que nous sommes tombés sur un fait franchement plus inquiétant.

 

Il apparait que le policier qui a procédé au tir de LBD sur le journaliste Anthony Fouchard (pourtant porteur d’un appareil photo muni d’un objectif de 300mm, ainsi que d’une carte de presse), est le même que celui qui a procédé au tir sur ma personne une heure plus tard. Il dispose en effet de la même écharpe verte et du même sac, et on peut allègrement reconnaitre son visage sur nos images en haute-définition (que nous garderons pour l’IGPN et la justice). Sauf preuve du contraire, il fait parti de la Brigade Anti-Criminalité (BAC) de la ville de Nantes. Nous avons même identifié de présumés policiers en civils infiltrés dans le cortège des manifestants, et qui seraient chargé de cibler les victimes de flashball pour les tireurs. Et cela concerne les tirs visant des journalistes.

 

Ces informations provoquent surprise et colère. Cela me rends profondément inquiet pour la Liberté de la Presse dans ce pays.

 

La probabilité est si faible que tous ces faits soient de « malheureux accidents », mais si forte que nous ayons été ciblé par une équipe de tireurs « spécialement dédiés aux journalistes » … Enfin, quand on sait que la préfecture déclare n’avoir « tiré que treize fois au LBD durant la manifestation », alors que la plupart des journalistes que j’ai consulté estiment que ce chiffre avoisine plutôt le double voir le triple, tout devient possible.

 

Je suis persuadé de pouvoir isoler une trentaine de bruit de tirs de LBD, rien que sur mes rushs vidéo de la manifestation. Et je n’ai ramené que 2h d’images sur un évènement qui en a duré plus du double.

 

 

 

 

 

Cela commence à faire beaucoup à digérer, et il fallait que ça sorte.

Il est grand temps que les forces anti-émeutes et leurs hiérarchies prennent conscience que l’on ne peux pas indéfiniment et impunément chier sur la loi quand on est en charge de la faire respecter, sans que cela ne finisse par se voir.

 

Jamais justice ne m’a été rendue pour aucun des faits pré-cités. Certains sont pourtant graves, entrainant des blessures sérieuses dépassant les 15 jours d’ITT parfois commises par des agents de l’état « en bande organisé et avec la volonté de provoquer une mutilation permanente ». On ne parle pas de « chevilles foulées » ou de « blessures superficielles », là. S’il fallait une preuve qu’il existe une justice à deux vitesse, j’ai l’impression que ma vie en est une. Et que dire de tous les autres blessés par la Police depuis l’introduction du Flashball en 2005.

 

Pensent-ils qu’une fois rendu borgne, je renoncerais à utiliser mon autre oeil pour continuer à faire mon travail ? Parles-t-on des mêmes forces de l’ordre que celles que « la France applaudissait » après les attentats de Charlie Hebdo ? C’est quoi le problème avec nos images, n’aiment-ils pas voir l’autre coté du miroir ? Peut-être préfèrerait-ils que certains faits d’armes, « écarts de procédures » ou autres « bavures » ne soient pas filmées en haute-définition et postées sur YouTube dès le lendemain matin ?

 

Sauf que ça les gars, c’est le jeu. « C’est la loi de la République ». Et ce n’est pas parce-que vous avez le plus gros fusil ou l’uniforme bardé de beaux écussons en or, que vous avez systématiquement raison et le pouvoir de vous affranchir du droit. Ce n’est assurément pas parce que vous tirez sur des journalistes qu’ils vont fermer leurs gueules. Je peux vous le garantir.

 

En fait, c’est tout le contraire qui va se passer. Je prends (et je pense pouvoir dire, nous prenons) acte que vous en faites une affaire personnelle, et comme vous pouvez le voir, cela amplifie les réactions.

 

 

Vous attaquez la Liberté de la Presse avec des armes, cela doit cesser !

 

 

Lorsque l’on a gratté ses plaies purulentes avec un engin de torture pendant trois semaines à cause de l’explosion d’une grenade de désencerclement (arme strictement proscrite dans le cadre du maintien de l’ordre), puis tout désinfecté à l’iode en ruminant des boites de morphine synthétique, on commence à avoir la dent dure. Et lorsque l’on retourne sur le terrain après ça, on sait pourquoi on le fait … Sinon, on y retourne pas.

 

 

Je ne cesserai jamais de faire mon travail de journaliste.

Ni sous la menace. Ni sous la contrainte. Ni sous la torture.

 

Je demande simplement justice … Si cela est encore possible.

 

Gaspard GLANZ

PS : Je regrette de ne pouvoir publier toutes nos preuves concernant les évènements du 21 février 2015 à Nantes, mais pour l’instant elles sont réservés à la justice. Vous pouvez me faire confiance qu’en temps voulu, elles seront mises en ligne et accompagnées de touts les précisions nécessaires. Et probablement en collaboration avec d’autres médias.