En 2002, assis banalement face à une grande estrade comme d’autres élèves de mon collège, j’écoutais l’officier des stups venu sensibiliser nos esprits (qu’il pensait encore sains et innocents) sur les dangers de la consommation des drogues. 

 

 

Pendant que je roulais ma clope de tabac « Drum bleu foncé sans filtre » (le tabac brun des badass de l’époque), il déballait sur la table de l’amphi ses éthylotests et ses bocaux en verre censés contenir des substances illicites. Il avait réussi à dire tellement de conneries pendant le premier quart d’heure consacré au cannabis et à l’alcool (que nous consommions déjà allègrement), qu’il s’était totalement discrédité à propos de celles que nous ne connaissions pas encore.

Il débitait des conneries du genre « le cannabis donne des hallucinations à se jeter par les fenêtres », « vous pouvez tomber en coma éthylique avec trois verres de vin », etc … Ce qui prouvait qu’il avait moins d’expérience psychédélique que la plupart des gamins de 15 ans en face de lui, ou pire, qu’il mentait. Mais quand il a brandi une pochette de poudre blanche barrée d’un grand « C », tout le monde a retenu son souffle. « Tu crois que s’en est de la vraie ? » m’a demandé mon voisin.

 

On préfère se souvenir de l’époque ou ils étaient des collégiens

Les gamins de notre âge avaient une bonne idée de ce qu’était la coke et à quoi ressemblait ses effets grâce au cinema. Avant même que les premiers flocons n’effleurent les poils de nos narines, Scorsese avait imprimé dans nos esprits les vingt années de culture de la poudre ayant précédée notre naissance … Depuis ce jour certains d’entre nous n’ont pas cessé d’en renifler, à tel point que lorsqu’on les regarde aujourd’hui dans le blanc des yeux, on préfère se souvenir de l’époque ou ils étaient des collégiens. Avant d’affirmer que la drogue était quelque chose de dangereux, de toxique, qui rendait fou ou impuissant ; le flic chargé de faire de la prévention aurait mieux fait de commencer par nous expliquer que le danger de la drogue, c’est que c’était bon.

 

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La cocaïne est un poison des temps modernes. C’est la drogue qui a le plus mauvais rapport qualité/prix sur terre, qui provoque une des addictions physique les plus puissantes, elle est sournoise comme le tabac, toxique comme le plomb et dépressive comme les plus mauvaises des amphétamines. Les quelques minutes d’euphorie dopaminergiques à s’empifrer dans les sinus coutent le prix d’une cartouche de cigarette (par gramme), mais tue des centaines de fois plus vite. L’hypocrite omerta qui couvre cette vérité dans les groupes qui en consomment régulièrement ne dupe que les pires crétins. La cocaïne ne se ressent pas que dans les narines, le coeur et les poumons, elle se lit aussi sur les visages. Pensez aux nombreux documentaires américains qui montrent le faible nombre de repentis miraculés, dont le destin est de s’être métamorphosés en prêtres évangélistes trouvant la voie de la guérison dans les paroles d’obscurs gourous mormons : cette merde est puissante. Voilà le genre de trucs weird qui vous attendent si vous survivez après avoir plâtré vos sinus pendant trop longtemps.

 

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L’abstention de prendre de la cocaïne est un acte de salubrité publique ! Pour les autres, nous sommes partis à la recherche d’échantillons de cette drogue dans la région rennaise afin de les faire analyser. On s’est dit qu’on allait chopper un échantillon de celle que « la ville trouvait la meilleure », pour voir ce qu’il en était réellement. Voici les résultats de ces analyses :

 

Echantillon : « RTV #10 »

Molécule recherchée : Cocaïne

Molécule(s) trouvées : Cocaïne / Diltiazem

Laboratoire : Centre Régional des Mesures Physiques de l’Ouest (CRMPO) – Université Rennes 1

Date : Juin 2013

Lieu : Ville de Rennes

 

Résultats : 

• Présence majoritaire de la formule brute de la Cocaïne C17H21NO4 (m/z 303.1471)

 

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• Présence de deux autres composés de formules brute respective C10H13NO2 (m/z 202) et C22H26N2O4S (m/z 415) ce dernier pouvant correspondre au « DILTIAZEM »

 

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Conclusion :

Il y a bien de la cocaïne dans cet échantillon, mais elle est coupée à un médicament utilisé contre les affections cardiaques. Le Diltiazem est un produit qui « freine l’entrée du calcium transmembranaire au niveau de la fibre musculaire myocardite et de la fibre musculaire lisse des vaisseaux, il diminue aussi la concentration intracellulaire calcique atteignant les protéines contractiles. » Plus concrètement, la consommation de Diltiazem augmente le débit du sang dans les artères coronaires (du coeur), et possède une action « bradycardisante », c’est à dire qu’il ralentit modérément le rythme cardiaque. L’usage de ce médicament est recommandé dans les cas d’angors, d’hypertensions artérielles, d’ischémies myocardiques ou de tachycardies.

 

Les effets secondaires connus du Diatilzem sont les suivants : hypotension orthostatique (ralentissement du rythme cardiaque), oedème des membres inférieurs insensibles aux diurétiques (un gonflement des jambes et des chevilles), un bloc sino-auriculaire et un bloc atrio-ventriculaire (un défaut de transmission de l’influx électrique entre les différentes parties du coeur).

Enfin, un produit de coupe supplémentaire n’a pas pu être identifié lors de l’analyse, cela pourrait être une impureté de fabrication de la cocaïne.

 

Ça donne envie d’être le roi du monde avec son pacemaker …

  

Gaspard Glanz