On a appris ce printemps que la MDMA, aussi appelée Ecstasy, était devenue la première drogue vendue dans le monde (cannabis exclu), générant maintenant davantage de revenus que la cocaïne et l’héroïne réunis.

C’est dire qu’il fallait s’y attendre à force de croiser des hordes entières de clubbers s’en remplir le nez, l’estomac et même les yeux alors qu’ils sont à peine sevrés du lait de leurs mères. Vendue entre 30€ et 60€ le gramme, la MDMA est devenue moins subversive, plus populaire et presque aussi chère que la coke, s’implantant comme la référence de la teuf auprès d’une population beaucoup plus vaste qu’il y a une décennie. Aujourd’hui, on retrouve les amphétamines et la MDMA absolument partout : des lycéens à leurs parents, et de la restauration au trading haute fréquence.

Alerte sur un cachet de MDMA dosé à 190mg

Ce n’est pas un retour un force ou une seconde « Ecstasy Wave » en référence au golden-age des années 1990 : c’est un véritable tsunami planétaire. Une galaxie de nouveautés et de business-marketing pour les dealers : on crée de nouvelles molécules chaque semaine (Mephedrone, 2C-B, DO-ET…), on essaie de nouvelles méthodes de consommation (en parachutes, en gélatine, fumée, vaporisée, injectée, liquéfiée en gouttes …), et de nouvelles méthodes de ventes (via les bitcoins, SilkRoad …). Tout va tellement vite que les gouvernements n’ont même pas le temps de légiférer sur les dernières pratiques. En France, une association a lancé une alerte en mai 2014 pour un cachet d’ecstasy « Domino » identifié comme contenant 190mg d’hydroclorate de MDMA pure, pouvant amener à des accidents vasculaires et/ou cardiaques. 190mg d’amphétamines d’un seul coup ; vous êtes sérieux les mecs ?! Ingérer une dose pareille c’est un coup à se mâcher les lèvres et à cracher ses dents … Selfie à éviter le lendemain matin !

Une des seules drogue connue pour détruire les neurones

Le plus déplorable dans cette épidémie, c’est que si l’on pouvait rationnellement construire une échelle de qualité des drogues, la MDMA devrait être située en dessous du degré zéro. C’est une des seules molécule psychoactive connue scientifiquement pour détruire les neurones et découpler l’équilibre naturel entre la noradrénaline et la sérotonine dans le cerveau (provoquant la fameuse et déprimante descente propre à toutes les amphétamines). Les seuls usages médicaux des psychostimulants sont les arrêts cardiaques, l’hyperactivité avec ou sans troubles de l’attention, le traitement des syndromes de stress post-traumatiques et le dopage des soldats sur les champs de bataille. Certes, l’aspect « Love » de la MDMA différencie cette molécule des autres amphétamines, mais cela ne l’empêche pas de déclencher les mêmes effets secondaires que du vulgaire Speed.

On assiste à un remplacement progressif de l’alcool par la MDMA dans la demande des jeunes générations pour un produit capable de retourner la tête. C’est la nouvelle drogue de la cuite du week-end, l’expérience que l’on raconte à ses potes le lundi matin suivant. C’est la nouvelle frontière, le sujet de toutes les vantardises et des concours de quantités absorbées. Peu importe la musique, peu importe le lieu ; ce qui comptera le plus ce soir : c’est la liqueur de pudding qui sera en ébullition dans les crânes.

Face à la ruée vers le Crystal, nous avons décidé de faire analyser trois échantillons différents, tous recueillis anonymement à Rennes durant le printemps 2013. Voici les résultats de ces analyses :

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Echantillon : « RTV #2 »

Molécule recherchée : MDMA

Molécule(s) trouvées : MDMA (Chlorydrate)

Laboratoire : Centre Régional de Mesures Physiques de l’Ouest (CRMPO) – Université Rennes 1

Date : Juin 2013

Lieu :Ville de Rennes

Résultats : 

Présence d’une espèce majoritaire de formule C11H15NO2 correspondant au 3,4-méthylène-dioxyne-methamphétamine (MDMA)

• Pureté de 97% à 98%

• Présence de quelques impuretés, probablement des produits résiduels de synthèse.

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Echantillon : « RTV #8 »

Molécule recherchée : MDMA

Molécule(s) trouvées : Amphétamine

Laboratoire : Centre Régional de Mesures Physiques de l’Ouest (CRMPO) – Université Rennes 1

Date : Avril 2013

Lieu :Ville de Rennes

Résultats : 

Présence d’une espèce majoritaire de formule brute C9H13N correspondant à la méthylphényléthanamine (AMPHETAMINE).

• Présence de quelques impuretés.

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Echantillon : « RTV #11 »

Molécule recherchée : MDMA

Molécule(s) trouvées : Chloroquine

Laboratoire : Centre Régional de Mesures Physiques de l’Ouest (CRMPO) – Université Rennes 1

Date : Mai 2013

Lieu :Ville de Rennes

Résultats : 

le 3,4-méthylène-dioxyne-methamphétamine (MDMA) de formule brute C11H15NO2 n’est pas visible

• Présence majoritaire d’un composé chloré de formule brute C18H26CIN3 pouvant correspondre à la Chloroquine.

• On note également la présence très importante de l’espèce dichargée à m/z 160.6.

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Conclusion : 

Sur les trois échantillons analysés, un seul contient véritablement de la MDMA. Le deuxième échantillon est composé de la molécule « classique » des amphétamines (du simple « Speed ») et le troisième s’est révélé être un comprimé écrasé de Chloroquine, un médicament qui possède des effets psycho-stimulants mais qui est utilisé pour ses propriétés anti-paludisme. Les trois produits étaient vendus dans le cadre festif rennais comme étant de la MDMA.

Cela se passe de commentaires.

Gaspard Glanz