Quand on a lu les “Nouvelles sous Ecstasy” de Frederic Beigbeder et que l’on goûte à la Ritaline, la première chose que l’on a envie de faire c’est de réécrire le bouquin.

Surnommée la KiddyCoke (“la cocaïne des enfants”), le Méthylphénidate de son petit nom moléculaire, est quasi-exclusivement utilisée aux USA et au Canada pour lutter contre les “syndromes d’hyperactivité avec déficit de l’attention” chez les enfants. Sa consommation en France est marginale, seulement 13000 boites ont été délivrées en 2012, pendant que plusieurs millions de bambins américains prenaient leurs pilules avec un bol de cornflakes.

La communauté médicale soutient la délivrance des stimulateurs analogues aux amphétamines pour soigner l’hyperactivité, car cela semble favoriser la concentration. Les phényléthylamines (dont fait partie la Ritaline) semblent maintenir le cerveau plus longtemps sur une même activité, tout en rendant les comportements “plus sociaux”. Sauf que des voix s’élèvent depuis plusieurs années pour dénoncer la pratique qui consiste à prescrire ce médicament en masse à des enfants qui sont simplement distraits ou turbulents. On constate après plusieurs années de banalisation du produit dans les familles nord-américaines, que c’est parfois même l’école qui pousse les parents à la prescription, et que certains font prescrire de la Ritaline aux enfants pour favoriser leurs résultats scolaires et influencer leurs attitudes. C’est à dire qu’en dehors de tout cadre médical, ils font prescrire de la drogue à leurs enfants pour les doper. Ce comportement se retrouve chez les étudiants en période d’examens qui se font prescrire de la Ritaline pour augmenter leurs capacités de concentration et de lutte contre le sommeil.

Sur le plan médical, la Ritaline est donc une phényléthylamine. Elle stimule le système nerveux central en inhibant la recapture de la dopamine ainsi que de la noradrénaline (ce qui provoque une augmentation de leur concentration dans le cerveau). La molécule est différente des amphétamines, dont elle en est pourtant très proche en terme d’effets, mais elle n’a pas le même processus d’action. Contrairement aux amphétamines qui augmentent l’afflux de dopamine, la Ritaline bloque la recapture de celle-ci (son élimination, en quelque sorte). Elle possède également un léger effet inhibiteur de la monoamine oxydase, comme certains antidépresseurs.

En comparaison, la cocaïne possède également la capacité de bloquer la recapture de la dopamine, et les amphétamines augmentent en plus la libération de sérotonine. Tout ces stimulants ont les même conséquences sur de différents neurotransmetteurs : soit ils en augmentent la quantité, soit ils en empêchent la recapture, ce qui entraine un effet “psychostimulant”.

Sur un plan subjectif, la Ritaline (à dose usuelle, c’est à dire 10mg) est comparable à un mélange léger d’amphétamines et de cocaïne faisant effet pendant trois à quatre heures, avant de s’arrêter brusquement dans une fatigante descente, qui dure d’une à deux heures. On sent que l’on n’est pas face à une amphétamine, car on ne ressent pas les effets cardiaques et oppressifs des molécules comme la MDMA. On s’aperçoit aussi que l’on n’a pas consommé de la cocaïne, car l’effet de la Ritaline dure bien plus longtemps. C’est comme une formidable super-caféine qui maintient réveillé et concentré, quel que soit l’état de fatigue préalable du corps. Un tonneau de redbull sans le goût dégueulasse qui reste collé sur les dents, ce qui nous amène à comprendre pourquoi elle est destinée à être prescrite aux enfants : ce produit est similaire à une amphétamine dont on aurait retiré les mauvais effets secondaires.

Au même niveau que les stupéfiants comme la morphine

Utilisée pour traiter l’hyperactivité avec déficit de l’attention chez les enfants et les adultes, la Ritaline est aussi prescrite contre la narcolépsie ou l’hypersomnie. Le problème, ce n’est pas que ce produit soit jugé inefficace, c’est d’ailleurs plutôt le contraire … On trouve des rapports d’études ou sont évoqués des niveaux anormalement bas de la concentrations des phénylétylamines andogènes chez des enfants souffrant de ce trouble, la logique voudrait donc que ce médicament soit parfaitement adapté au traitement de l’hyperactivité. Le véritable problème, c’est que cette molécule est réputée pour être prescrite en masse à des enfants nord-américains qui n’en souffrent pas.

Sur la plan législatif, la Ritaline est très strictement contrôlée en France : au même niveau que les stupéfiants comme la morphine. Impossible de se faire prescrire cette molécule plus de 28 jours consécutifs sans l’avis d’un second médecin, qui doit forcement être neurologue ou psychiatre, et officier comme le premier dans un service hospitalier. Son usage détourné en France n’est même pas référencé dans les études sur la consommation de drogue, tellement la proportion de son abus est jugée infime. C’est dans des milieux très précis que l’on retrouve la Ritaline pour un usage illégal : les étudiants reliés aux filières d’approvisionnement comme la médecine ou la pharmacie, et les personnes qui cherchent un substitut à une addiction à la cocaïne. C’est d’ailleurs pour éviter que ne se développe dans l’imaginaire collectif son trop grand potentiel de drogue, que les restrictions sur la vente de Ritaline sont aussi fortes en France. Sans doute une réaction d’échelle européenne à l’explosion de la consommation en Amérique du nord ces dix dernières années, ou de nombreux adolescents ce sont spécialisés dans le deal de cachets de Ritaline à leurs camarades de classe.

Tu veux un bonbon ?

Franchement, prescrire cette molécule aux enfants pendant des années pour des raisons non médicales est véritablement un acte criminel. C’est bien heureux que si peu de médecins français l’ai prescrite, car en perturbant les circuits de la dopamine-noradrénaline dans le cerveau des enfants et des adolescents, on les balance véritablement dans l’amour de la toxicomanie à l’âge adulte. De la même manière qu’il faut plusieurs mois pour cesser complètement un traitement aux antidépresseurs, pour des raisons de rééquilibrage des neurotransmetteurs dans le cerveau, inonder de jeunes encéphales avec des psychostimulants leur donnera un avant-gout plutôt intense des drogues psychostimulantes comme la cocaïne ou les amphétamines.

La première fois que j’en ai pris 10mg, j’ai cru mal lire les études publiées, en voyant que l’on administrait des doses 4 à 6 fois plus élevées à des enfants qui ont parfois moins de 10 ans, et qui pèsent un quart de mon poids. L’effet de la métabolisation (la montée) est très semblable aux amphétamines, et imaginer des enfants perchés à l’école, allant s’effondrer dans leurs lits en pleine descente tous les soirs, c’est flippant, parce que ce produit ne fait pas semblant d’être un psychostimulant. À des doses de 15 à 30mg, il est possible de ressentir les mêmes effets que la MDMA sur le comportement, le sommeil et l’appétit.

 Pauvres gosses.

Love,

Gaspard.