Depuis la disparition du Di-Antalvic, un anti-douleur de niveau 2 qui mélangeait le Paracetamol et le Dextropropoxyphène (un analgésique opioïde), la Codéine et le Tramadol sont les deux derniers représentants de cette catégorie, celle du traitement des douleurs dites “modérés à modérés-fortes”. 

Elle vient juste après les anti-douleurs de niveau 1 (le Paracétamol ou l’Aspirine), et avant le niveau 3 (celui de la morphine). Le Tramadol revient à la mode alors qu’il avait presque été oublié en France du temps du Di-Antalvic, et ce pour de très bonnes raisons.

       La récente interdiction de vente du Dextropropoxyphène en Europe a provoqué et provoque toujours un grand débat : il s’agit de savoir qui, du politique ou du scientifique, a eu raison de ce médicament. La France ne délivrait pas la molécule seule mais croisée au paracétamol, ce qui n’en faisait pas un produit très prisé par les suicidaires (une intoxication du foie au paracetamol est une mort lente et douloureuse). Or c’est justement parce que de trop nombreux jeunes anglais appréciaient les boites de 200 comprimés de Dextropropoxyphène pur pour s’envoyer (définitivement) en l’air, que l’Europe a décidé d’en interdire la vente.
       Je mettrais bien une grande claque à l’expert qui n’a pas accordé d’exception au Di-Antalvic, car c’était dans sa catégorie le seul anti-douleur à n’avoir (pour ma part) aucun effet secondaire. Jusqu’à ce que les pharmacies arrêtent de le vendre, je vivais une vie bien moins migraineuse qu’aujourd’hui. Comparé à la Codéine et au Tramadol, le Di-Antalvic n’était pas forcement plus efficace, mais il passait d’avantage inaperçu. Et quand on voit la liste des effets secondaires de cette famille d’anti-douleurs, ce n’est pas négligeable !
Un antalgique de niveau 2 analogue de la Codéine
       Les opioïdes n’ont jamais vraiment été mon truc. Être liquéfié dans un grand manteau de velours et ressentir une certaine plénitude physique n’est certes pas la partie la plus désagréable des dérivés de l’opium, diamorphine (héroïne) et morphine en tête. Mais l’accoutumance si rapide, ainsi que les terrifiantes descentes si glauques qui viennent punir le moindre abus, sont des signes qui ne trompent pas : les opioïdes sont une belle saloperie qu’il ne faut conseiller à personne en tant que traitement antidouleur au long terme. Et même comme drogue récréative.
       Ce n’est pas un hasard si le Tramadol est utilisé massivement à Gaza et par les révolutionnaires Egyptiens comme un stimulant et même parfois comme un aphrodisiaque, car sa molécule est en quelque sorte un cousin des amphétamines. Si je devais en décrire l’effet qui accompagne l’analgésie, je dirai que dans la maigre pharmacie des antidouleurs de niveau 2, le Tramadol représente la catégorie des “smoothies physiques”. On récent une montée de plaisir à partir de la dose thérapeutique, c’est indéniable. Pourtant, utilisé seul, il n’est que peu efficace contre la migraine, ou du moins il va prendre plus d’une heure à agir. Disons qu’à vue de nez le Tramadol agit plus lentement que la Codéine, cet inconvénient est néanmoins compensé par un effet qui met plus longtemps (six à sept heures) à s’estomper. Utilisé croisé au paracétamol (personnellement je prends 50mg de Tramadol et 500mg de paracétamol), l’effet anti-douleur est beaucoup plus rapide. Mais sans mentir, ça fait planer.
       Comme tous les opoïdes, le Tramadol a de sales effets secondaires, perceptible même à des doses thérapeutiques. À partir de 100mg (deux cachets), la sensation nauséeuse n’est jamais très loin, elle vous surprend pour disparaitre aussi vite. Imaginez avoir l’impression d’être à deux doigts de vomir en l’espace d’une seconde, sans prévenir, sans raisons, puis revenir à la normale aussi vite. J’ai aussi remarqué que la prise de Tramadol provoque des hoquets, que le médicament soit ingurgité ajeun ou après un bon repas. En résumé, le principal inconvénient du Tramadol si l’on exclue les effets secondaires classiques des dérivés de l’opium, c’est la perturbation du système digestif. Estomacs fragiles : s’abstenir.
Un faux allié
       Dans une stratégie médicamenteuse contre les migraines, le Tramadol est un faux allié. C’est un médicament que je recommanderais d’utiliser en remplacement de la codéine si vous avez eu le malheur d’en ingurgiter d’une manière trop rapprochée et que vous craignez d’en devenir dépendant. Mais en aucun cas je ne conseillerais le Tramadol comme un médicament de référence pour lutter contre les crises migraineuse. À la limite, en temps que deuxième ou troisième prise, lorsque ni le paracetamol, ni les anti-inflammatoire ne sont arrivés à bout de votre douleur. Et encore moins comme drogue récréative, car la dépendance accompagne une très rapide accoutumance au produit. Pour avoir testé cette molécule comme traitement de fond contre la migraine, je peux vous confirmer que s’en débarrasser n’est pas aisé.
       Pour en finir avec le Tramadol, sachez qu’il fait partie de la liste des médicaments “sous surveillance” de l’Afssa, procédure mise en place après le scandale du Médiator. Et ceci pour deux raisons précises : premièrement son action analgésique n’est pas encore totalement comprise, et deuxièmement les effets secondaires et le risque de dépendance sont trop élevés aux regard des bénéfices que peut apporter ce médicament contre la douleur.
       Drogue à la mode dans les révolutions arabes comme la Vicodin ou l’Oxycontin le sont pour les amateurs de la série Docteur House, ce produit reste un opoïde et de ce fait, une belle saloperie à n’utiliser qu’en cas d’extrême nécessité.
Beware of the Dog
Love,
Gaspard